ANDRÉLIS-RYE
 
     
   

 

TEXTES

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JEAN-PAUL MANGANARO
 

À propos d'Andrélis-Rye

 
     

La peinture d'Andrélis-Rye -mais il faudrait plus proprement parler d'une peinture dessinée, d'un dessein-peinture, tant elle s'organise autour d'un signe fort- surgit du fond même de l'intimité. C'est une peinture qui, au départ, est nichée au creux du ventre : non qu'elle soit d'emblée féminine ou maternelle ou fécondante, même s'il y a de ça; elle exprime plutôt, d'abord, le lieu d'un confort, le confort d'être cette peinture-là, et d'être ces éléments-là. Divans et coussins d'une scène, girons et bras repliés des portraits de femme, ventres bombés ou creux et fesses des hommes, chapelle qui surgissent dans l'enfoncement d'un paysage et qui sont comme des divans du ciel, tout, à chaque fois, part d'un noyau central bouleversé et se déploie ensuite dans une sorte de vaste quiétude propitiatoire ou incantatoire. La trame à travers laquelle s'ourdit sa technique conduit à cette révélation : plis et plissures, ourlets, toitures, bordures, bords et rebords, enchevêtrements de la matière descriptive sont tracés suivant des pistes de profondeur immédiatement niée par la surexposition de la couleur, au sens photographique, qui, dans son étalage sans histoire, confère à ce qui paraissait profond la chance de rebondir dans l'exhaustion de son passé. Les tortures des plis aboutissent, en quelque sorte, à l'accalmie définitive de la couleur. Ce n'est d'ailleurs pas une couleur, mais plus précisément un teintage, une teinte nuageuse, et, en terme de sensitivité, une caresse chromatique; elle ne veut surtout pas effacer les histoires souterraines, se stratifiant à l'arrière de chacun des éléments décrits et qui en assurent l'anthropologie secrète. En ce sens, l'utilisation du papier journal comme support organique et primitif —et dont on n'efface pas les résistances, au contraire—, tout en dessinant la feuille jusqu'au paroxysme, souligne ce bouillonnement taciturne des choses même lorsqu'elles surgissent et s'offrent dans l'attitude d'une calme volupté. Apparaît alors la vie secrète et essentielle non des choses, mais de ceux qui y ont laissé les traces assouvies de leurs désirs.

 

 

 

   

texte de Jean-Paul Manganaro
1996
 

   

   

   

   

   

   

   

   

   

   

   

   


 

 

 

 

 

 

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